Hériter d’un nom est une chose. S’en montrer digne en est une autre.
Seyda Mbodjia Niasse est née à la croisée de ces deux chemins. Fille de feu Serigne Mamoune Niasse, figure religieuse respectée au Sénégal, et petite-fille d’El Hadj Ibrahima Niasse (dit Baye Niasse), érudit et maître soufi sénégalais, fondateur de la Fayda Tidjaniyya, elle porte un nom qui, à lui seul, ouvre des portes et suscite respect et considération.
Elle aurait pu choisir la facilité d’un prestige hérité, confondre bénédiction et confort. Refusant de réduire l’héritage spirituel à une rente sociale, elle a choisi de s’ancrer dans le réel, sur les terres de Kaolack, à la fois rudes et généreuses. Elle a préféré une voie plus exigeante : celle où la dignité se cultive comme la terre, avec patience, rigueur et persévérance. Elle a fait sien l’adage : semer, plutôt que recevoir.
Ayant très tôt compris que la baraka n’exclut pas l’effort, mais l’oriente ; et que la plus haute forme de liberté consiste à vivre du fruit de son labeur, elle s’est engagée, la foi en bandoulière, dans la production de semences de riz, un domaine où seul l’effort constant porte des fruits. Car, produire des semences, c’est penser l’avenir avant même la récolte. C’est accepter d’enfouir aujourd’hui ce qui nourrira demain des communautés entières. En cela, son engagement agricole rejoint profondément l’enseignement spirituel qu’elle a hérité de ses aïeuls.
En jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, Seyda avoue que son parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. Les débuts furent marqués par des échecs successifs, mettant à l’épreuve sa résilience et sa foi en ses projets. Chaque revers est devenu une leçon pour elle. Après des débuts dans le commerce, confrontée à la saturation progressive du secteur et à la rareté des opportunités, elle a dû se réinventer. Elle a alors opéré un tournant décisif vers la riziculture pluviale.
Aujourd’hui, les efforts consentis commencent à porter leurs fruits. Grâce à l’accompagnement technique et au soutien du projet ISRA/PAIS ainsi que du Service Départemental de Développement Rural (SDDR) de Kaolack, elle consolide ses acquis et envisage l’avenir avec davantage de sérénité. L’appui de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et du Programme Agricole Italie-Sénégal (PAIS) a renforcé ses capacités en production semencière et amélioré la qualité de ses rendements, ouvrant la voie à une professionnalisation accrue de son activité. Peu à peu, Seyda Mbodjia Niasse s’impose comme un modèle. Non en raison de son patronyme, mais par sa détermination à en être digne.
Son ambition dépasse la réussite individuelle. Elle entend contribuer activement à la souveraineté semencière du Saloum, hisser la production rizicole locale au niveau de celle de la Vallée du Fleuve Sénégal et de l’Anambé, et participer à la structuration d’une véritable chaîne de valeur rizicole, dotée d’infrastructures modernes telles que des rizeries performantes.
Présidente de la Société Coopérative des Producteurs Agroécologiques Solidaires (SCOOPAES), forte de plus de 250 membres, elle joue désormais un rôle clé dans la valorisation de la riziculture locale, le renforcement de la sécurité alimentaire et le développement économique communautaire, durable.
Dans son terroir de Djilakhar, plus de 250 hectares de riz paddy sont aujourd’hui emblavés. Malgré les défis liés aux inondations, les populations manifestent un intérêt croissant pour les activités de la coopérative, encouragées par les résultats obtenus.
La SCOOPAES multiplie plusieurs variétés issues du programme ISRA–PAIS, notamment ISRIZ 12, une variété tolérante à la salinité, destinée à la production de semences pré-base et base, ainsi que la NERICA 4.
Le parcours de Seyda Mbodjia Niasse dépasse ainsi la simple performance agricole. Il incarne une leçon de transformation : le plus précieux des héritages n’est pas celui que l’on conserve intact, mais celui que l’on adapte aux exigences de son temps.
Dans un secteur longtemps dominé par les hommes, elle affirme un leadership féminin fondé sur la résilience, la vision et le courage. Par son engagement, elle démontre que les femmes sont non seulement des actrices du changement, mais des piliers essentiels de l’innovation, du développement et de la transmission.